Choc civilisationnel au parti socialiste

Publié le par Yohann Abiven

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Les camarades socialistes sont à l’étude. Ces moments de réflexion collective s’appellent chez les disciples de Jaurès des Conventions nationales, fruits d’un récent tour de France du projet, clos dernièrement à Rennes par la Première secrétaire. Le conseil national du Parti socialiste a adopté à l’unanimité le 27 avril dernier un long texte d’orientations sur « le nouveau modèle économique, social et écologique », une synthèse coordonnée par Pierre Moscovici. Pour une fois, pareil exercice n’a guère déclenché de ricanements chez les observateurs de la chose. Il faut dire que du point de vue de l’éditorialiste à l’argument affuté et sempiternel, pas forcément infondé, du parti passéiste, étatiste, souverainiste et proto marxiste, ces pages sont en effet décevantes et obligent à requalifier l’attitude d’une gauche au réformisme assumé et qui prend soin de rappeler qu’une nouvelle civilisation politique se fera à l’échelon de l’Europe ou ne se fera pas. Jamais sans doute le Parti socialiste ne s’est dévoilé aussi bourgeois, aussi attentif à la pensée de Léon Bourgeois, théoricien à la fin du xixe siècle du solidarisme duquel se déduiront des missions inédites confiées à l’Etat. Je cite seulement ce passage tant il me semble révélateur du ressourcement d’une philosophie à l’aune de la belle pensée républicaine et libérale : « Il n’y a pas d’autonomie des individus sans solidarité et sans protection des biens publics. […] Redonner confiance dans l’action publique, dans l’Etat, dans la solidarité, dans une approche collective des problèmes individuels, est un enjeu fondamental pour la gauche. Cela passe par un Etat plus juste qui fasse contribuer tout le monde équitablement à l’effort de solidarité et qui apporte des réponses plus individualisées. C’est une nouvelle articulation entre individu et Etat qu’il faut construire. Un Etat qui élargit les choix, qui permet aux individus de choisir et de maîtriser leur vie. […] Nous devrons construire les protections et inventer les nouveaux droits qui permettront de desserrer cet étau qui enserre les individus. » Les camarades traduisent ensuite leurs priorités et, nouvel étonnement, c’est la production industrielle qui ouvre le bal. Redécouverte des vertus de l’offre et conscience du déclin français sans révision générale et radicale de notre fiscalité. Nul doute qu’après un texte comme celui-ci, plusieurs militants diront à Martine Aubry : « Tu me fends le care ».

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