Pendu au téléphone

Publié le par Yohann Abiven

Une vague de morbidité s’est emparée de nos fleurons industriels. La maladie, qui a abouti à plusieurs reprises à des extrémités hélas sans retour, consiste en un envahissement de toute la vie par des directives et des attentes insensées. La bactérie responsable porte en général cravate, mais à la manière décontractée, sensée effacer les hiérarchisations pour mettre chacun devant une égale responsabilité d’atome de la réussite collective. Et le virus disséminé dans les corps laborieux se présente sous les traits grossiers, mais cools et marrants, de phrases bien senties comme « fini la pêche aux moules » ou « il faut cesser cette mode du suicide ». Car c’est à la mort que seraient conduits désormais les incapables d’adaptation à des conditions de travail post-fordistes imaginées souvent par des gens qui n’ont pas fait beaucoup leurs classes dans les ateliers ou les centres d’appel et, relevons le aussi, se suicident peu en dépit de leurs échecs. Personne malheureusement ne propose de vaccination obligatoire contre cette grippe de nos appareils productifs au sein desquels, plus que jamais, on perd sa vie à la gagner, y compris si l’on remplit les objectifs, car quoi qu’on fasse, on reste bel et bien pendu au téléphone !

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